

“L’Album” renferme les documents graphiques que la commission a commandés à ses artistes agrégés, ou qui lui ont été généreusement offerts.
Les premiers étaient destinés pour la plupart à appuyer une demande de subvention ministérielle. Ils peuvent aussi avoir été spécialement réalisés pour conserver la mémoire de monuments sur le point de disparaître.
L’album est réorganisé plusieurs fois dans le dessein d’illustrer la publication d’une statistique monumentale du département qui a peine à se mettre en forme. Car c’est un profond désir, aussi bien de la part de la commission que de celle des édiles départementaux, de réunir en une seule œuvre les études graphiques et les études descriptives de ses membres, et de porter celle-ci à la connaissance du plus grand nombre. Ce projet n’a jamais abouti à cause, sans doute, de la diversité des auteurs et des points de vue. Cette diversité lui confère aujourd’hui toute sa valeur.
Sa singularité réside notamment dans le fait qu’il présente côte à côte les dessins des premiers archéologues-historiens d’art (qui étaient aussi pour la plupart des artistes), et les plans, coupes et élévations réalisés par les architectes-restaurateurs. Les premiers sont qualifiés de pittoresques bien qu’étant parfois d’une précision quasi photographique. Les seconds dits géométraux sont des sortes d’épures donnant toutes les indications nécessaires à la construction (proportions entre hauteurs et largeurs, rapports entre pleins et vides).
La commission, sous la Restauration et en la personne de Léonce de Lamothe son secrétaire, a clairement marqué sa préférence pour les seconds par rapport aux premiers “ agréables tout au plus, à quelques amateurs”.
L’album contient également des photographies dont les plus anciennes remontent au début des années 1860.
Depuis 1885 l’“Album”, se compose de sept volumes consacrés respectivement :
- à la ville de Bordeaux (N° 1)
- aux arrondissements de Bordeaux (N° 2 et 3)
- à l’arrondissement de Bazas (N° 4)
- à ceux de Blaye et Lesparre (N° 5)
- à celui de Libourne (N° 6)
- de La Réole (N° 7)
Château de Villandraut, photographie, s.d., A.D. 33, 162 T 4 0039
“ Les sociétés archéologiques de nos divers départements devraient prendre modèle sur la commission des Monuments historiques de la Gironde et publier annuellement des rapports semblables ”
(Bulletin du comité historique des Arts et Monuments. Imprimerie nationale, 1849, p. 131)
La commission des Monuments historiques publie ses comptes rendus annuels de 1840 à 1855, puis elle connaît une baisse d’activité durant à peu près sept années, à l’issue desquelles elle se réorganise et rend à nouveau publics ses travaux jusqu’ en 1866.
Imprimés à Bordeaux, les comptes rendus sont tirés à un millier d’exemplaires environ. Ils commencent par un bilan général de l’année écoulée. Puis ils présentent :
- des études concernant les monuments,
- des études de documents ayant trait à l’histoire locale ou générale,
- le bilan annuel de la surveillance et de la conservation des monuments,
- une énumération, à partir de 1849, des constructions publiques dont le projet a été examiné par la commission.
Des gravures sur bois sont insérées dans les notices descriptives à partir de 1846
Ce sont des plans, coupes et détails des édifices, réalisés par le graveur parisien Gabriel Quichon d’après les dessins des architectes Roberty, Lacourirère, Courau et Durassié. Victor Didron, directeur de la Librairie Archéologique, frère du fondateur des Annales archéologiques, à compter de cette date et jusqu’en 1855, devient l’éditeur des comptes rendus.
Sous le Second Empire, la gestion du patrimoine monumental devient l’affaire de plus en plus exclusive des comités ministériels qui se structurent. Les architectes parisiens envoyés dans les provinces deviennent leurs premiers interlocuteurs. Dépossédée de sa mission d’instruction des dossiers de demande de fonds nationaux qui avait jusqu’alors motivé et orienté ses efforts de recherche, la commission se renferme dans sa mission de contrôle des bâtiments civils.
Le conseil général déclare que ses publications n’ont plus d’utilité et décide leur interruption.
Le personnel de la commission est presque entièrement renouvelé dans le tournant des années 1860. L’architecte Durand fils devient son secrétaire. Léo Drouyn est de retour comme membre résidant et joue un rôle majeur.
Les gravures sur bois ou sur cuivre insérées dans le texte ne consistent plus exclusivement en des relevés d’architecture. Leur réalisation est confiée, autant que possible, à des artistes bordelais, de même que l’industrie locale est sollicitée pour l’impression des rapports.Un nouvel élan est donné aux travaux de recherches et d’études, motivé par une nouvelle éthique de la restauration : les nouveaux membres s’accordent pour affirmer la prééminence de l’archéologue sur l’architecte en matière de restauration des monuments.
« ... Lorsqu’il s’agit de restauration, de la production rigoureuse, presque servile, de formes existantes ; alors, mais alors seulement, la commission cherche à faire prévaloir sa doctrine, qui se borne à respecter la forme consacrée par le temps et à lui sacrifier, au besoin, l’individualité de l’architecte. »
La commission ne manque pas de défendre ses idées et tente de s’opposer à la restauration de la façade de l’église Sainte-Croix de Bordeaux par Abadie. Elle publie la célèbre analyse critique de ce projet présentée à la commission (séance du 5 février 1864) par Léo Drouyn.
En 1866, ses efforts pour empêcher la destruction du cloître de Saint-André de Bordeaux, ayant été vains, la commission exprime son indignation dans le rapport annuel qu’elle adresse au préfet. Le maire de Bordeaux, Guillaume Jacques Brochon, conseiller général, s’oppose à ce que ce rapport soit publié
dans les comptes-rendus de l’année.
Il ne sera plus jamais question pour la commission des Monuments historiques de la Gironde de publication de ses travaux.
La Société archéologique voit finalement le jour en 1873, grâce aux efforts de Pierre Sansas, avocat, archéologue, qui concourt à la rédaction de la « section d’archéologie »de la Revue philomatique depuis 1840.
Pratiquement tous les archéologues membres de la commission des Monuments historiques y trouveront une nouvelle tribune pour s’exprimer.
Rapport au préfet des travaux de l’année 1865-1866, 10 août 1866,
A.D. 33, 5 J 91.